Qualifiée de plus vieux métier du monde, la pratique de la prostitution connait une grande ampleur dans les facs, à l’exemple de l’Université Cheikh Anta Diop ; plus précisément au centre d’hébergement Claudel. Reportage nocturne.
Claudel ne dort pas du lundi au dimanche ; c’est un endroit en éveil 7/7. En raison des cours qui commencent très tôt, les jeunes étudiantes, venues de la campagne comme de la ville, viennent s’y loger afin d’éviter tout problème de retard. Cependant, outre les cours, ces dernières n’ont pas toutes les mêmes activités. Si les unes révisent, d’autres choisissent de vendre leur corps à travers la prostitution.
Ambiance festive dans cette boîte très fréquentée par ces étudiantes, située entre le canal de Fass et Point E. Il est 2 heures du matin, certaines d’entre elles portent des habits de couleur sombre, mais l’une habillée d’une minijupe rose et d’un décolleté s’est maquillée comme une fée avec sa taille de guêpe. Son nom : M.B., originaire de
la Guinée Conakry.
Cette pensionnaire de l’université pratique ce métier depuis deux lunes. « Je me prostitue pour nourrir ma famille, raconte-t-elle, car les parents nous obligent à se prostituer ; ils me demandent à chaque fois de l’argent ». Ces « vendeuses de sexe » ne savent pas à quel saint se vouer, comme cette étudiante qui « ne trouve pas mieux que ce métier » pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. « L’aide universitaire n’est pas suffisante et à un certain âge, les parents ne s’occupent plus convenablement de leurs enfants », se désole Mariam.
Un métier dangereux et peu rentable
Ce travail ne vaut rien par rapport à ce qu’elles subissent. La prostitution n’est pas rentable, surtout à cause des risques qu’elle engendre comme le SIDA et les IST. Néanmoins, malgré tous ces dangers, ces professionnelles du sexe continuent ce travail. « Parfois, les hommes refusent de payer après l’acte, et si je riposte, ils me frappent », se plaint Mariam.
Les gens qui les fréquentent sont de nationalités diverses, Camerounais, Marocains, Béninois, Sénégalais, Ivoiriens, Français. Ces derniers viennent en voiture pour marchander la passe qui varie de 3000 frs CFA à 50 000 frs CFA. Les prix dépendent de la compétence de la fille mais aussi des méthodes contraceptives. « Si la passe se fait avec capote, elle sera moins chère qu’un contact direct, puisque la fille court plus de risques », nous informe Mariam.
A Diop est un client régulier. « Je viens ici pour satisfaire ma libido, mais je suis conscient des risques, avoue-t-il. Une fois par semaine, j’y fais un tour. » Ce métier est plus fatiguant pour ces étudiantes, car elles peuvent avoir plusieurs clients par soir. « Chaque nuit, j’ai au maximum quatre clients, mais c’est harassant car je ne me repose qu’après les actes sexuels, et cela m’empêche de suivre assidûment mes cours », poursuit Mariam.
Presque toute les étudiantes de l’UCAD ont eu des échos concernant certaines de leurs camarades prostituées. Mais le fait de pratiquer reste honteux et les filles sont souvent très mal jugées par leurs camarades. Comme Seynabou, étudiant à la faculté de lettres, pour qui « les étudiantes putes ne méritent pas mon respect, elles dévalorisent la valeur de la femme ».
Mais avec la hausse du coût de la vie, le phénomène n’est pas prêt de disparaître. Les parents ont tendance à beaucoup demander à leurs progénitures sans savoir (ou sans s’avouer) que ces dernières se réfugient sous le voile de la prostitution. A quand une prise de conscience